L’histoire en Grèce antique


I. L’histoire avant Hérodote
Hérodote, le père de l’histoire, écrit au VE siècle avant Jésus-Christ, à l’époque de l’apogée d’Athènes. Son œuvre magistrale est un regroupement de textes connus sous le titre « les histoires ». Thucydide, à la fin de ce même siècle, rédigera une histoire dite « histoire de la guere du Péloponèse ». pour conna$itre leur passé, les hommes se sont longtemps contentés des mythes. La naissance de l’histoire se fait de façon très différente selon le lieu et le classement social. En Egypte, les scribes tiennent des archives dès le troisième millénaire avant JC. En Grèce, l’épopée sert d’histoire jusqu’à Hérodote. Au VE siècle, on substitue l’histoire à une écriture mythique et poétique. en fait, avant Hérodote, l’épopée supplante l’histoire en ce sens qu’il s’agit d’un récit d’événements du passés. Ce texte, basé sur les mythes, ne marque pas la frontière entre fiction merveilleuse et réalité. L’histoire vient d’Ionie, colonies grecques installées sur les côtes de ce qui deviendra la Turquie par la suite. Le mot « histoire », qui signifie « enquête », vient d’une racine ionienne signifiant au parfait « savoir pour avoir vu ». la curiosité des ioniens au VIE siècle, en pleine expansion culturelle, est fondamentale dans la naissance de la discipline. Des philosophes, des géomètres, des astronomes, des métaphysiciens sont fascinés par la quête d’informations, la recherche scientifique, l’enquête. De ce désir, viennent des enquêtes sur la nature, l’ethnographie, la géographie, la genèse du monde, le passé commun. L’histoire relève de la même curiosité que les sciences. On retrouvera cette même curiosité chez les prédécesseurs des historiens. Certains écrivains écrivent des récits de fondations de ville, des généalogies de héros, des récits de navigations et d’explorations. On y rend compte des distances et des difficultés rencontrées au cours des périples maritimes et fluviaux. Dans ces trois types de récits, on sent un souci d’ordonner les éléments, de rationaliser, de rappel d’exploits à partir de l’histoire d’une famille. Toutefois, ces récits ne sont pas dénudés d’éléments merveilleux et mythiques. Un écrivain venu de Miles commente une carte du monde, décrivant le bassin méditerranéen du sud vers le nord. Pour les périples comme pour les généalogies, l’auteur évacue tout ce qui lui semble improbable. L’auteur montre un souci de vraisemblance, de quête d’informations fiables, et développe son esprit critique. « j’écris ces choses comme elles me paraissent vraies car il y a chez les grecs des récits aussi nombreux que ridicules ». il écrit en prose et en ionien. « le récit des événements qui ont l’homme pour acteur », n’est pas encore tout à fait appliquée. (cette définition sera donnée au XXE siècle par un historien). Il faudra attendre Hérodote pour voir apparaître des récits dont les hommes sont véritablement les héros. L’intérêt pour les événements arrivés aux hommes commence avec Hérodote, -480 - -420 avant JC.

II. l’histoire d’Hérodote
La vie d’Hérodote s’inscrit entre deux conflits majeurs : les guerres médiques, avec les batailles de Marathon en -490 et celle de Salamine en -479, et la guerre du Péloponèse. Dans les guerres médiques, tous les grecs alliés s’opposent aux Barbares perses. Le soldat venu de Marathon annoncer la victoire à Athènes mourut juste après son esprit. A Salamine, les grecs trompent des milliers de bateaux dans un canal étroit et mettent en déconfiture l’empire perse. La légende veut qu’Eurypide soit né le jour de l’exploit, alors que Sophocle, engagé dans un chœur de jeunes citoyens, chantait cette victoire à laquelle Eschyle avait participé comme soldat… aVers -430, la guerre du Péloponèse opposera les puissances d’Athènes et Spartes avec leurs alliés et provoquera une séparation (guerre civile) entre les cités rivales. Entre les deux conflits, Athènes rayonne sur un plan culturel et artistique, mais ne se relèvera jamais de sa défaite.

Exilé de sa cité ionique, Hérodote vivra à Athènes pour devenir finalement citoyen. Après un voyage à travers la Grèce, il s’installera en grande Grèce, dans une colonie située en Italie. La plupart de ses contemporrains et des suivants (Aristote, Plutarque…) le considéreront comme un menteur. A la renaissance, sa réputation grandira autant que son influence et les érudits reconnaîtront son talent. Le titre de son œuvre est donné par la suite d’après le début du texte. L’ »enquête » est le titre le plus précis, le plus vérifiable. Cette œuvre historique a un aspect traditionnel : elle s’agit de communiquer toutes les informations que recelle l’esprit de l’historien, fruit d’une longue recherche. Mais cette enquête menée à propos d’un événement précis a également un aspect novateur. Les événements sont réellement arrivés aux hommes. L’enquête se compose de neuf muses, aujourd’hui connus chacun sous le nom d’une muse. Mais ce découpage est tardif et daterait de l’époque alexandrine. Le récit des guerres médiques cite d’abord les progrès de l’empire perse et décrit ensuite l’affrontement entre grecs et perses. Cette histoire serait dûe, selon Hérodote, à des enlèvements successifs de femmes des deux côtés. Aux livres V et VI, première guerre médique, livre VII à IX, seconde guerre médique.
Hérodote utilise des ressources littéraires, des témoignages oraux, directs ou indirects, et l’expérience de ses voyages. Il entreprend des recherches. Son but est de garder en mémoire les exploits passés. Il peut par cela se situer dans la tradition de l’épopée. Il fait référence à la gloire qu’a voulu obtenir Achille en choisissant une vie brève et victorieuse au combat. Cependant, le père de l’histoire décide d’évoquer les guerres médiques. Il est parfaitement impartial : il parlera autant de son camp que du camp ennemi des barbares. En introduction, l’auteur annonce son projet, son sujet, sa méthode fondée sur l’observation. L’auteur qui se nomme s’identifie, signe son œuvre en quelque sorte. « ceci est l’exposé de recherches, de l’enquête ». en parlant d’enquête, l’auteur évoque une méthode. La vue par soi-même de l’objet, de l’événement, du monument, le recueil personnel de témoignages oraux, exploration d’inscriptions iconographiques, recours à la conjecture constituent le fondement de son enquête. Par son souci de la gloire, Hérodote se situe dans la tradition de l’aède. Le champ thématique se limite aux guerres médiques et ne recouvre chronologiquement que cette période : ainsi, Hérodote peut questionner des rescapés, des témoins encore vivants. Les causes à la fois anecdotiques et mythologiques sont explorées. Il s’est rendu en Egypte et au bord de la mer noire, dans l’actuelle Ukraine : il est un grand voyageur pour le VE siècle ! il s’est intéressé à tous les peuples connus de son temps, aussi bien les égyptiens que les lybiens ou les macédoniens. Le témoignage se doit d’être objectif. Il peut juger « pour ma part je n’y crois pas » mais sans trancher de lui-même, sans s’affirmer sur la véracité de sa source. Le lecteur fera le tri. Toutefois, l’enquête s’étire malgré tout dans le temps et l’espace. De très longues parenthèses sont ouvertes. Hérodote raconte plutôt que de réfléchir. Il rend compte de petites histoires dans la grande. De parenthèse en parenthèse on remonte dans le temps, vers la mythologie ce qui va à l’encontre de son projet initial. Sa chronologie et les causes sont parfois peu valables. La présence de la volonté divine est assez contradictoire. Les données sont à la fois historiques, géographiques, ethnographiques.


III. l’histoire avec Thucydide

issu d’une noble famille, Thucydide sera stratège. Mais il arrive trop tard et Antipolis est prise. Pour cet échec militaire, Thucydide voyage, sera exilé. De -424 à -404, il vit hors d’Athènes, certainement en Thrace. La rédaction de la guerre du Péloponèse est interrompue en -411. on sait, par certaines allusions, que l’auteur a connu la fin du conflit, qu’il a vécu personnellement jusqu’en -404. on a conclu que l’auteur, décédé, n’avait pas eu le temps de finir son œuvre. On ignore la date de son décès. Il affirme avoir connu une guerre dans son entier, guerre qui a selon lui duré 27 années (de -431 à -404). Les livres sont organisés de manière chronologique : l’alternance des saisons ponctue le récit. Les différentes cités grecques n’ont pas la même manière de calculer le temps. L’historien veut être sûr qu’on pourra suivre le fil de son œuvre. « relatant les événements dans l’ordre où ils se sont produits… ». en considérant le détail des faits, on notera une trêve peu respectée du reste au milieu du conflit. Sans Thucydide, on parlerait des guerres duPéloponèse. L’analyse de l’auteur, qui suppose que les deux conflits ont eu lieu selon une certaine continuité, est restée. On se réduit à l’œuvre de Thucydide pour étudier cette période. Cet auteur impose un carcan : il est difficile de sortir de cette forte conception. L’histoire est avant tout une réflexion sur la politique avec une interprétation personnelle. L’auteur fait le tri entre toutes les informations qu’il a recueillies, sans alternative. Il évite les détails de tout ordre qui seraient superficiels.
Note : Lacédémone et Spartes sont la même ville. Les péloponésiens regroupent les spartiates et leurs alliés.
Comme Hérodote, Thucydide se signale par son nom et son origine, non sans une certaine fierté. Témoin direct, il porte un regard critique sur une époque à laquelle il est très impliqué. Dans cette guerre civile, on note des alliés de tout côtés. Si cette guerre est capitale, c’est parce que le monde grec y est confronté par un système d’alliances imbriquées. Les deux cités sont arrivées au sommet de leur puissance militaire, économique, démographique et culturelle, ce qui atteste d’un certain rayonnement. Chaque puissance regroupe le maximum d’alliés pour aboutir à une lutte entre deux camps. D’emblée, l’auteur définit le sujet étroit de son livre : la guerre du Péloponèse, strictement contemporraine, sur laquelle il dispose d’informations de première main. La chronologie du récit doit être très claire : chacun peut suivre l’alternance des saisons. Le monde grec est bipôlarisé. Dans le reste de l’œuvre de Thucydide, la chaîne de causalité est rigoureuse et l’auteur se limite aux causes humaines. Les causes d’ordre anecdotiques et mythologiques n’ont que peu d’intérêt par rapport aux causes politiques les plus vraisemblables. Spartes s’est inquiétée de voir Athènes au sommet de sa puissance : les lacédémoniens avaient peur d’être un jour engloutis par la cité rivale. Cette guerre mondiale pour son temps s’étend jusqu’au monde barbare. L’auteur se hausse d’emblée au niveau général : son ambition est d’éclairer, de décrypter le passé pour mieux le comprendre mais en faisant fi des cas individuels. Les discours rapportés ne sont pas les témoignages rapportés, mais ce que l’auteur fait dire aux personnages historiques dans son texte. Du coup, l’auteur qui se veut juste et rigoureux est obligé de composer les discours, ce qui pourrait gommer la vérité historique. Il est en effet difficile de mémoriser un discours entier pour le reproduire mot pour mot. Par conjecture, l’auteur essaie de retrouver ce qui est le plus près de la vérité, le plus possible des paroles supposées authentiques. Le discours est adapté aux événements et toujours justifié. Chez Hérodote, le discours avait une valeur psychologique, pittoresque. Les antilogismes de Thucydide se répondent : le discours des spartiates fait écho à celui des athéniens, ce qui montre la position irréductible de chaque camp. Le discours participe de la démocratie. Les témoignages sont confrontés : l’auteur ne se fie pas à sa première opinion. Il vérifie, ce qui prouve un certain souci d’exactitude. « j’ai enquêté sur chacun … avec toute l’exactitude possible ». Thucydide recherche absoluemnt la vérité historique, d’où une très grande rigueur. Il critique sévèrement le faux, le probable, le subjectif. Soit l observe personnellement, soit il enquête jusque dans les moindres détails. Il ne suffit pas d’interroger les gens pour connaître la vérité historique : une personne est inévitablement ou volontairement partiale et subjective : un athénien grandira forcément une grande victoire de sa cité. La mémoire et ses défaillances est un obstacle à l’écriture de l’histoire, pour Thucydide et pour tous les historiens actuels. Comment se rappeler un événement dans ses moindres détails ? la mémoire humaine déforme les choses de manière involontaire. « l’absence de merveilleux dans les faits rapportés paraîtra sans doute en diminuer le charme ». non sans une certaine grandiloquence, l’auteur prétend établir sa vérité, la grande vérité. Il ne s’agit plus de plaire, mais d’enseigner. Le « docere » se distingue du « placere ». cette œuvre est un trésor pour toujours : l’auteur vise la postérité et non un auditoire du moment. Cette œuvre, en fait, se doit d’être utile. Dans « celui qui veut charmer », Thucydide doit vouloir critiquer son prédécesseur Hérodote. Etre utile, c’est « voir clair » en d’autres termes, comprendre les événements passés. L’homme est capital dans ce passé : la nature humaine est toujours la même. On peut comparer le comportement de l’homme dans le présent avec celui de l’homme du passé : on saisit le présent et on appréhende le futur en comprenant le passé. Le style est condensé, complexe,difficile à traduire. Les tournures grammaticales obscures sont alambiquées. On ne doit pas éprouver du plaisir à lire, puisque la lecture est rendue volontairement délicate, mais il s’agit de comprendre une analyse critique. Thucydide est l’un des auteurs grecs les plus difficiles à traduire et à étudier. Le récit a vocation à être utile, la visée est générale, le regard porte loin.

Tout change entre les deux auteurs : on passe d’une histoire à peu près contemporraine à une histoire strictement contemporraine sur laquelle Thucydide a des informations de première main. Le second auteur se permet des critiques sévères : Hérodote pensait pouvoir se satisfaire de ce qu’on raconte et de ce qu’on lit. Les oracles chez Thucydide ne seront plus mentionnés. Pour comprendre, il faut disposer de causes stables : l’analyse des causes prend une place essentielle dans la narration. L’enchaînement de causes à effets est précis et rigoureux : l’écrivain ne retient que ce qui relève de l’humain. La complexité des actions et de leur enchaînement est rendue sous la forme d’une démonstration. Les événements sont toujours reliés à ceux qui les précèdent et à ceux qui les suivent. Le style particulier, fait de rhétorique, d’antithèses, de parallélismes rend compte de cette complexité. Thucydide cherche à donner une interprétation collective et politique d’une histoire commune.





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